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juillet 2017
  • 31/07 Route directe au portant vers le passage du Nord-Ouest

    Cela fait bien longtemps que « Ma Louloutte » tire des bords contre le vent et parfois le courant. Et c’est avec un plaisir non dissimulé qu’Yvan a retrouvé un vent adonnant lui permettant de faire route directe, cap sur le du Passage du Nord-Ouest. La perspective de devoir tirer des bords avec la côte de chaque côté dans ce goulet s’éloigne et les risques de collision aussi :

    « C’est sûr que le vent est faible, ce n’est pas le bord de travers dans 15 nœuds de vent dont je rêve, mais faire route directe évite les bords rapprochant de la côte et me donne la possibilité de dormir sans risque de me crasher en cas de réveil tardif. »

    En cette fin de journée, le vent fort de 20 à 28 nœuds passera de secteur Ouest et Yvan retrouvera le vent arrière et les bords de largue.

    Toujours au sec

    Le soleil est présent depuis plusieurs jours et les panneaux solaires remplissent leur tâche sans soucis. Bien sûr, il ne monte pas haut sur l’horizon et même commence à disparaître de plus en plus longtemps en dessous. Pour le moment cela n’affecte pas la luminosité mais amorce l’arrivée progressive de nuits obscures dans une quinzaine de jours : « C’est vrai que le soleil est bien présent mais c’est frustrant parce que je navigue avec les voiles entre moi et le soleil donc suis toujours à l’ombre, sauf le soir. Pour être exposé, il faudrait que je reste sous le vent du bateau et là avec la pression du vent apparent plus forte, la sensation de froid est trop importante ! »

    Les conséquences de la réparation du safran

    Hier, le changement de l’axe d’un des safrans avait obligé Yvan à plonger les mains dans l’eau à 2° pendant presqu’une heure. Aujourd’hui la sensibilité n’est pas revenue sur l’extrémité de deux phalanges : « L’insensibilité couvrait l’ensemble des mains hier, donc il y a une évolution, mais sur le bout de deux phalanges ça reste ! Je tâche de garder cette main collée à moi le plus possible, on verra bien… »

    Pour l’heure, Yvan se concentre sur l’approche d’un vent fort qui lui permettra de gagner vers l’Est à bonne vitesse vers Liston Island encore distante d’une quarantaine d’heure à la moyenne actuelle.

     

  • 30/07 Premier ours polaire à l’entrée du golfe d’Amundsen

    Amundsen, fut le premier explorateur polaire Norvégien à croire en l’existence d’un passage du Nord Ouest et le premier à réussir une expédition pour le prouver entre 1903 et 1905. Il disparaîtra en 1928 en Arctique, quelque part à proximité de l’île aux ours.

    Sur les traces de son illustre prédécesseur, Yvan vient d’observer son premier ours polaire à l’entrée du golfe d’Amundsen : « Je naviguais avec pas mal de glaçons à vue au nord de cap Parry, quand j’ai distingué la silhouette d’un ours blanc. Il était seul sur un glaçon d’une cinquantaine de mètres. Le temps que je manœuvre pour m’en approcher, il avait disparu. J’espère en voir d’autres bientôt. »

    Froid polaire dans l’air et l’eau

    Les conditions météo sont plus sèches que durant les deux premières semaines du Défi Bimedia et Yvan sait apprécier la différence, pour lui et pour la charge des batteries ! Seulement voilà, le froid proche de 0° et des bancs de brume quasi givrante ont remplacé l’humidité permanente. Au choix, le froid est préférable mais pose de nouveaux problèmes tant les couches de gants indispensables, empêchent de réaliser la moindre tâche un peu précise. La mer, elle est à 2°, et pourtant Yvan à du y plonger les mains de longues minutes…

    Un axe de safran hors service

    L’axe vertical d’un des safrans a lâché hier suite à une usure un peu prématurée. Prévu pour durer environ 2000 miles, il n’aura résisté que sur 1400 ! Yvan est équipé de plusieurs pièces de rechange ; La difficulté consistait à remplacer plusieurs boulons, sans gants, pour réussir à tenir les petites pièces les mains dans l’eau glacée ! : « J’ai bataillé plusieurs minutes pour remettre les boulons en place sous l’eau, il était urgent de le faire, le risque étant de perdre un safran ! Quand j’ai fini, je ne sentais plus du tout mes mains… En plus un de mes sur-gants s’est envolé et je n’ai pas pu le récupérer. J’ai finalement réchauffé mes mains après un temps qui paraît très long dans ces cas-là »

    Des conditions de navigation frustrantes

    Au près séré, avec obligation de tirer des bords, « Ma Louloutte » était ces dernières heures face à un courant de 1,5 nœuds qui rendait sa progression sur le fond assez lente. En plus, les mouvements saccadés et les bonds des coques sur les vagues, obligent Yvan à une tension constante pour se tenir : « Mon dos commence à souffrir de ces ruades répétées ; les vertèbres se tassent et je rêve de vent de travers et de glissades à 10 nœuds ! »

    Le soleil descend de jour en jour plus bas et passe maintenant plusieurs dizaines de minutes sous l’horizon. Pour le moment cela n’affecte que peu la luminosité, mais dans une quinzaine de jours, la nuit devrait envelopper Yvan d’obscurité.

     

  • 30/07 Du près, du soleil, du froid et une baleine sur le Défi Bimedia

    Depuis l’escale forcée pour réparer le panneau solaire à Hershel Island au Nord Canada, le soleil se montre plus généreux. Chaque jour, il diffuse sa lumière indispensable au rechargement des batteries. La luminosité, uniquement entre 12h et 16h, est suffisante pour son rôle qui change la vie d’Yvan ; le remplacement du régulateur de tension du panneau solaire orientable est maintenant validé ; ce laps de temps permet à Yvan de confier « Ma Louloutte » au pilote, ce qui avait été rarement le cas depuis le grand départ de Nome.

    L’absence ou presque de pluie est l’autre point hautement positif de cette entame de la 3ème semaine du Défi Bimedia, même si la brume est parfois au rendez vous en voilant les étraves à la vue du marin. Pourtant le froid est plus pesant de jour en jour avec une température subit hier de 0° : « C’est vraiment compliqué ce froid pour faire la moindre tâche, je dois enlever les gants et très vite c’est l’onglée. En plus, il me faut 4 à 5 minutes pour les remettre. Résultat, j’ai tendance à laisser passer des repas pour ne pas me geler les doigts. Je suis en phase d’amincissement là. J’ai un déficit de calories c’est certain. »

    Le moral est bon

    « La différence entre pluie et froid, c’est que la première affecte le mental, avec son gris, ses conséquences sur la charge des batteries. Le froid sec, lui est physiquement dur mais ne plombe pas mon moral qui est bon, j’aimerais juste me faire plaisir à la barre avec un peu de vent de travers, ce n’est pas souvent le cas depuis le départ. »

    Du près en veux-tu en voilà

    Yvan tire des bords de près depuis Hershel par 15 nœuds de vent hier soir et « Ma Louloutte » n’est pas dans son rôle de prédilection : « Le bateau tape sans arrêt avec souvent des bonds de 1 mètre suivi d’un choc contre la mer. J’espère que « Ma Louloutte » va tenir le coup à ce régime là ! »

    Dans un des nombreux virements, le duvet est passé par dessus bord. Par chance il flottait, mais Yvan a dû faire demi-tour et manœuvrer finement pour le récupérer. Le séchage fut long. Yvan n’a embarqué qu’un seul duvet et un tel incident pourrait avoir des conséquences bien plus fâcheuses.

    Par le travers de Baillie Island hier, Yvan va prochainement entrer dans le détroit d’Amundsen, et naviguer avec des côtes proches de chaque côté : « Dans le détroit, le fait d’être au près ne me laissera aucun répit. Je vais devoir fractionner mon sommeil pour éviter de heurter la côte et surtout ne pas renouveler l’endormissement fatal du Sri Lanka, pendant le tour du monde ! Au portant, je pourrais faire une route directe parallèle au rivage. »

    En bonne compagnie

    Hier soir, pendant la vacation, Yvan a aperçu un cétacé faire des bonds et a tout de suite pensé à une orque ; il a abattu pour se rapprocher de l’animal et le filmer : « Une fois à 50 mètres, j’ai vu que ce que je prenais pour une orque était une jeune baleine à bosse d’une douzaine de mètres de long ! J’ai réussi à faire quelques images, c’est un spectacle génial !  »

    Pour les jours à venir Yvan devrait conserver le bénéfice du soleil mais voir le vent de face se renforcer jusqu’à 25/28 nœuds. Sa progression dans le détroit d’Amundsen promet de ne pas être une promenade de santé, bien que la menace des glaces soit levée jusqu’à Bellot, à une dizaine de jours de mer.

     

  • 27/07 Réparation carbone sur le support du panneau solaire arrière

    Après une escale d’une douzaine d’heures au mouillage à Hershel Island, sur la côte nord de l’état du Yukon au Canada, où il a subi des vents de 47 nœuds, Yvan a repris le large.

    Vers 0 heure française dans la nuit du 25 au 26, « Ma Louloutte » s’est lentement éloignée de l’île grâce au vent portant, sur une mer encore croisée suite au fort coup de vent des heures précédentes.

    Bien vite, la bascule attendue au sud-est a remis la navigation au près à l’ordre du jour ; Le plus souvent tribord amure, au gré des oscillations de l’anticyclone et sous une température presque clémente sous ces latitudes : 7° !

    Si l’on ajoute à ce tableau que le soleil est présent, la pluie absente, que la zone est « Free Ice » comme disent les canadiens, on imagine le soulagement d’Yvan de rencontrer des conditions humaines, presque oubliées depuis le détroit de Béring !

    Si demain, une zone de pluie pourrait venir rappeler de mauvais souvenirs à Yvan, la mer sera elle, libre de glace jusqu’à Talayoak.

    « Ma Louloutte » pourrait bien apercevoir le navire Canadien Wilfried Laurier, qui arrive demain à Hershel et partira ensuite effectuer sa mission de surveillance d’été dans le passage du Nord Ouest.

    Les réparations réalisées sur le régulateur de tension du panneau solaire et les nouvelles précautions dans l’utilisation des Ipads ont besoin d’un peu plus de temps pour être validées. En attendant, c’est à 6 nœuds qu’Yvan grappille des miles vers le nord-est, avec en ligne de mire mais à bonne distance, Belot et le prochain bouchon de banquise. Il commence à se morceler et avec un bon timing, Yvan ne sera peut être pas ralenti.

    Yvan vous donne rdv ce soir à 19h30 pour un LIVE Facebook.

     

  • 26/07 Réparations à l’abri de l’île Hershel sur Le Défi Bimedia

    http://youtu.be

    Au fond de l’anse de l’île Hershel, Yvan a pu se mettre à l’abri, non sans difficultés, contre vents et courants. Le temps de changer le régulateur de tension du panneau solaire orientable ; c’est le diagnostic qu’Yvan avait fait en mer après 3 heures passées dans une coque à observer les câblages et écrans d’affichage de la tension électrique.

    Au mouillage, où se trouvent également quelques remorqueurs canadiens, il a pu confirmer l’origine de la panne et remplacer la pièce défaillante. Pour être sûr du bon fonctionnement du panneau solaire, il lui faudra attendre le retour du soleil, denrée extrêmement rare depuis le départ du Défi Bimedia.

    Un tour détaillé du bateau a permis de déceler des fissures dans le support du panneau solaire et sur le tangon. La résine et le tissu de verre ont fait leur apparition pour renforcer ces points faibles. Ce qui aurait pu avoir des conséquences fâcheuses s’ils n’avaient pas été découverts à temps !

    Mouillage agité sur « Ma Louloutte »

    Ce midi, Yvan était à l’arrêt depuis une douzaine d’heures, mais ne le regrettait pas : « Le vent est monté à plus de 45 nœuds et même ici, j’ai du mal à me tenir debout sous les rafales ! C’est préférable de ne pas avoir subi cette tempête en mer. Par VHF, j’ai parlé avec un bateau de retour d’hivernage qui a relevé plus de 47 nœuds ce matin. »

    L’ancre ROCNA, méticuleusement sélectionnée par Yvan pour le défi a parfaitement assuré, malgré le fardage important de « Ma Louloutte ».

    Un autre des soucis d’Yvan a peut être été résolu. « Mes deux Ipads, que j’utilise pour visualiser les cartes marines, ne tiennent pas la charge et surtout ne se rechargent plus. Je pense que c’est le froid qui est le responsable ; J’ai décidé de les mettre contre moi sous mes vêtements et apparemment c’est concluant ! »

    Le vent mollissant dans l’après-midi donnera à Yvan, la possibilité de sortir de l’anse et de reprendre sa route, salué par le voilier allemand rencontré à Nome puis croisé au large de Barrows.

    Au programme du près : « Ma Louloutte n’est pas taillée pour ça, elle tape beaucoup, et j’aimerais bien me faire plaisir à la barre. Un peu de glisse serait la bienvenue ».

     

  • 25/07 Point Barrows première porte des glaces sur le Défi Bimedia

    La remontée vers le nord ; le passage du cercle polaire ; les jours de pluie sans discontinuer ; le froid et le manque de sommeil ; les vêtements trempés ; l’absence d’énergie obligeant à barrer ; ont été le prix à payer pour qu’Yvan Bourgnon gagne ses galons de navigateur polaire et mérite le droit de passage à Barrows. La banquise, grande dame lui dégagea une fine bande littorale d’environ 2 à 4 miles de large d’eau libre pour saluer le courage et l’endurance du marin aventurier.

    Enfin touchée par les vents portants, « Ma Louloutte » se rapprocha en tirant des bords de largue de cette côte fraîchement libérée de l’emprise des glaces. Finalement Yvan s’engageait dans cet étroit goulet avec sur tribord la terre et à bâbord la ligne blanche du pack de banquise encore bien compact. « La visibilité peut passer en 10 mn de 4 miles à 20 mètres et comme en bordure de banquise des glaçons dérivants peuvent se présenter sur ma route, c’est chaud ! Pour le moment, je vois à 3 miles et je continue tant que je peux. »

    Plein les yeux

    Le marasme lié aux jours de pluie a fait place à l’enthousiasme de voir en direct ces mastodontes de glace autrement que sur papier glacé. « Incroyable c’est un vrai glaçon ! Je suis à côté maintenant et il fait près de 250 m et 3 mètres de haut ! » La vigilance est de rigueur car plus tard « Ma Louloutte » heurtera un growler de taille imposante, sans occasionner de dégâts, obligeant Yvan à monter sur le bloc de glace flottant pour écarter les coques du catamaran.

    Auparavant c’est un ballet aquatique qui avait réjoui le marin : « Le temps n’était pas top, mais j’ai passé toute la journée entouré de phoques, de baleines, de cachalots ; pas 5 minutes sans entendre le splash d’une nageoire ou d’apercevoir les têtes des phoques, curieux mais prudents qui suivent pendant des heures le bateau, à distance raisonnable. J’ai vu aussi quantité de méduses d’une quarantaine de centimètre de diamètre avec des filaments de près de 10 m de long ! »

    Un mouillage, qui restera ancré dans ses souvenirs

    Pour autant, les problèmes n’ont pas disparu. Yvan ne peux s’en remettre au pilote qu’une heure toutes les 5 heures à cause du manque de soleil qui le prive d’énergie, et est déjà en lutte contre le sommeil, qu’il doit pourtant découper en tranches de 10 mn maximum pour surveiller les glaçons et les cailloux.

    Pour rester lucide et vigilant, Yvan doit dormir et a repéré un banc de sable sous la surface d’un lagon. L’idéal pour jeter l’ancre en eau peu profonde, par 15 à 18 nœuds de vent, il a commencé à filer de la longueur de chaîne quand le taquet s’est arraché : « J’ ai été surpris et déséquilibré, je me suis retrouvé à l’eau, avec ma combinaison entrouverte. L’eau qui entrait alourdissait mes jambes. En plus « Ma Louloutte » est assez haute et j’ai lutté pour réussir à me hisser à bord. Ensuite pendant 3 heures dans mon duvet j’ai grelotté et difficilement récupéré ! »

    Premier coup de vent polaire

    Reparti, Yvan s’est décalé au large des côtes pour faire route directe, au grand largue. Comme attendu, un front est arrivé avec 30 à 35 nœuds établis et rafales à 40 : « Ma Louloutte a subi ce premier coup de vent sous mât seul, à 6 nœuds. L’épisode de la chute à la mer au mouillage à été une piqûre de rappel. Il m’est interdit de chavirer sur ce défi ! » Au souci récurrent de charge sous un ciel gris quasi permanent, s’est ajouté ces dernières heures la découverte d’une défaillance du panneau solaire principal : « Je me suis aperçu que mon panneau arrière, le seul que je peux orienter en fonction du soleil, ne charge plus normalement. »

    Canada, 10 heures d’arrêt !

    Pour diagnostiquer la panne et réparer, Yvan s’est arrêté près de l’ile Hershel en Mer de Beaufort, ou ont séjourné les baleiniers américains de 1889 à 1908. « Je dois être au calme pour bricoler et un stop au mouillage s’impose. Je pense être à l’arrêt une dizaine d’heures. »

    Ce matin du 25 juillet, le vent au mouillage est monté à 47 nœuds, mais le changement du régulateur de panneau solaire est terminé, reste à en vérifier le bon fonctionnement dès que le soleil pointera le bout de son nez.

     

  • 24/07 Mouillage à l’abri de l’île Hershel au Canada sur le Défi Bimedia

    http://soundcloud.com

    Mouillage à l’abri de l’île Hershel au Canada sur le Défi Bimedia

    Après le premier coup de vent du défi, et l’arrivée dans une zone exempte de glaces, Yvan Bourgnon a réussi comme il l’espérait à s’en remettre au pilote pour s’offrir 4 heures d’un sommeil réparateur !

    Au réveil, le soleil qui avait reboosté les batteries a encore une fois cédé la place à une pluie fine et le vent est tombé sous les 5 nœuds ; Au souci récurrent de charge sous un ciel gris quasi permanent, s’est ajouté ces dernières heures la découverte d’une défaillance du panneau solaire principal : « Je me suis aperçu que mon panneau arrière, le seul que je peux orienter en fonction du soleil, ne charge plus normalement. J’ai passé 3 heures dans la coque pour essayer de diagnostiquer la panne, mais sans certitude. Je pense qu’il s’agit d’un problème de régulateur et que je dois le changer »

    Canada, 10 heures d’arrêt !

    En Mer de Beaufort, Yvan s’apprête à longer le Canada, et l’île Hershel* du territoire du Yukon, où ont séjourné les baleiniers américains de 1889 à 1908. C’est l’endroit qu’il a choisi pour s’abriter le temps que lui prendra la réparation du régulateur : « Je dois être au calme pour bricoler et un stop au mouillage s’impose. Je pense être à l’arrêt une dizaine d’heures. J’ai 2 possibilités, une au sud de l’île, et l’autre, l’anse Simson à l’ouest. Je penche pour le sud, car le vent d’ouest annoncé peu après mon arrivée pourrait monter à 40 nœuds et je serai mieux protégé là-bas. »

    Il est bon de rappeler à cette occasion qu’Yvan effectue un défi sans assistance et qu’en aucun cas il ne met pied à terre, ne reçoit d’aide de quiconque.

    Si le changement de régulateur ne rendait pas au panneau toute sa puissance de charge, Yvan pourrait démonter une partie d’un des panneaux fixes de ses bancs couchettes, pour le fixer sur le support arrière orientable. Restera ensuite à le tester et là c’est une autre paire de manche, car il faudra du soleil pour valider la réparation.

    Ce stop sera aussi le moment propice pour tester différentes idées afin de relancer les 2 Ipads du bord : « Je n’ai que ces Ipads pour lire ma cartographie en dehors de l’Iphone. Ils ne chargent plus et je tenterai de les chauffer pendant cet arrêt. Je n’y crois pas trop mais bon …J’aurais dû choisir des tablettes marinisées. »

    Au moins cette halte imposée au pays du sirop d’érable, aura le mérite d’offrir une deuxième plage de sommeil serein à Yvan. Quand il reprendra sa route, en quittant l’ile Hershel, il aura plus de 1000 miles dans son sillage !

    * L’île Herschel (Qikiqtaruk) a été le premier parc territorial du Yukon (fondé en 1987). Le parc est situé au large de la côte nord de la région continentale du Yukon, dans la mer de Beaufort. L’île est située dans une région qui présente un grand intérêt pour les scientifiques et les écologistes en raison du gyre de Beaufort, un courant océanique qui fait circuler l’eau douce chaude du delta du fleuve Mackenzie sur le long de la côte du Yukon.

  • 22/07 Yvan s’est fait une bonne frayeur au mouillage mais tout va bien

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    Décidément, la pluie aura été l’invitée surprise de ce début de Défi Bimedia. Battante, fine, glacée, sans interruption pendant plus de 24 heures. Le genre d’invitée qui s’incruste et qu’on voit partir avec soulagement.

    Yvan s’attendait à des averses espacées, lui laissant le temps de faire sécher ses vêtements. Il pensait être protégé avec 4 couches superposées ; ce qui est vrai dans des conditions classiques, ne l’est plus après des temps d’exposition aussi longs. Gorgés d’eau, les vêtements, duvets, gants, rendent l’impact du froid, implacable.

    Les stratégies de séchage

    A plusieurs reprises des tentatives de séchage en hissant les vêtements le long du mat sont restées infructueuses, faute à une épaisse chape nuageuse et un taux d’humidité très élevé même en l’absence de pluie.

    Yvan a tenté de s’approcher très près des côtes pour bénéficier des températures de près de 15 degrés qui surviennent l’après midi, si le soleil perce. Sa première approche du fond d’un lagon, dans des eaux de moins de 80 cm de profondeur, lui ont fait craindre d’être coincé au fond de cette anse ; le mouillage sera pour une autre fois, le séchage et le sommeil aussi. Après bien des difficultés pour extraire dérives et safrans, de ce piège accueillant, il a rejoint le large.
    Une autre solution pour s’offrir un repos indispensable, est de dériver sur ancre flottante, en commençant à 5 miles au vent de la côte, en limite de banquise. Le risque est de rencontrer et heurter des growlers, masses dérivantes qui en dehors des étraves renforcées de kevlar, peuvent causer des dégâts critiques aux flotteurs. La vitesse de dérive du bateau étant de 1,5 à 2 nœuds.

    Un mouillage, qui restera ancré dans ses souvenirs

    Hier après midi enfin, Yvan a repéré un banc de sable sous la surface d’un lagon, idéal pour jeter l’ancre en eau peu profonde. La manœuvre d’approche réussie sous 15 à 18 nœuds de vent, il a commencé à filer de la longueur de chaîne quand le taquet s’est arraché : « J’ai été surpris et j’ai aussi essayé de retenir l’ancre. Déséquilibré, je me suis retrouvé à l’eau, avec ma combinaison entrouverte. L’eau qui entrait alourdissait mes jambes. En plus « Ma Louloutte est assez haute » et j’ai lutté pour réussir à me hisser à bord. Une fois remonté, je me suis mis nu et changé rapidement, heureusement il ne pleuvait pas. Ensuite, pendant 3 heures dans mon duvet, j’ai grelotté et difficilement récupéré ! Après ça, j’ai dormi et fais sécher les vêtements grâce au peu de soleil. »

    Remis de cette émotion forte, Yvan a repris sa route vers Prudhoe Bay et navigue actuellement à vue d’une trentaine de plateformes de forage.

    Il a pu converser à la VHF avec le voilier Allemand rencontré à Nome avant le départ, et qui l’a doublé, car eux utilisent voile et moteur dans de petits airs …

  • 20/07 Barrows première porte des glaces du Défi Bimedia

    Le nom revenait souvent dans les conversations à Nome, comme si le vrai défi allait commencer là… Barrows, Point Barrows ; La banquise semblait vouloir y résister à la saison, retardant son dégel comme pour narguer Yvan et lui montrer que la nature commande toujours. Mais cela il ne le sait que trop bien !

    Toute sa remontée vers le nord, le passage du cercle polaire, ses jours de pluies sans discontinuer, le froid et le manque de sommeil, les vêtements trempés, l’absence d’énergie l’obligeant à barrer, tout cela était le prix à payer pour gagner ses galons de navigateur polaire et mériter le droit de passage à Barrows.

    La banquise, grande dame lui dégagea une fine bande littorale d’environ 2 à 4 miles de large d’eau libre pour saluer le courage et l’endurance du marin aventurier.

    Le vrai défi commence !

    Enfin touché par les vents portants, « Ma Louloutte » se rapprocha en tirant des bords de largue de cette côte fraîchement libérée de l’emprise des glaces. Finalement vers 20 heures françaises, Yvan s’engageait dans cet étroit goulet avec sur tribord la terre et à bâbord la ligne blanche du pack de banquise encore bien compact. « La visibilité peut passer en 10 mn de 4 miles à 20 mètres et comme en bordure de banquise des glaçons dérivants peuvent se présenter sur ma route, c’est chaud ! Pour le moment je vois à 3 miles et je continue tant que je peux. C’est bon pour le moral d’aller de l’avant. »

    Heureusement plusieurs anses ou baies protégées pourraient accueillir Yvan au mouillage si la visibilité venait à manquer, comme les prévisions le laissent penser.  « Je suis vraiment tenté de m’approcher de ces masses blanches mais en même temps, une fois entouré de glaçons, si je n’y voit plus rien, je serai pris au piège, avec le risque de collision fatale. Donc je suis prudent et me tient à distance. »

    Pendant la vacation Yvan pensait voir à l’horizon une des îles artificielles mises en place pour l’exploitation pétrolière ; Une demi heure plus tard : « Incroyable c’est un vrai glaçon et pas une île ! Je suis à côté maintenant et il fait près d’1 km et 3 à 4 mètre de haut ! »

    Emerveillé !

    Le marasme des jours derniers a fait place à l’enthousiasme de voir en direct ces mastodontes de glace autrement que sur papier glacé.

    La veille, Yvan avait déjà passé une belle journée : « Le temps n’était pas top, mais j’ai passé toute la journée entouré de phoques, de baleines, de cachalots ; pas 5 minutes sans entendre le splash d’une nageoire ou d’apercevoir les têtes des phoques, curieux mais prudents qui suivent pendant des heures le bateau, à distance raisonnable. J’ai vu aussi quantité de méduses d’une quarantaine de centimètre de diamètre avec des filaments de près de 10 m de long !»

    Pour autant, les problèmes n’ont pas disparu. Yvan ne peux s’en remettre au pilote qu’une heure toutes les 5 heures, et est déjà en lutte contre le sommeil, qu’il devra pourtant découper en tranches de 10 mn maximum dans les heures prochaines pour surveiller les glaçons et les cailloux. Le défi Bimedia est entré dans le vif du sujet.

    A ce soir 19h30 pour un LIVE audio sur Facebook avec Yvan. Il répondra en direct de l’océan arctique à vous questions.