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  • 03/09 12:00 La Mer de Baffin comme récompense sur le Défi Bimedia

    Un nouveau départ

    Le Défi Bimedia a bien failli s’arrêter à Weld Bay où la pause forcée qui a duré 12 jours pour cause de barrière de glace, n’a pas été une sinécure. Après 3 tentatives manquées pour franchir le bouchon de glaces qui bloque le passage à quelques miles de ce mouillage, et des risques énormes pour « Ma Louloutte » et pour sa vie, Yvan avait dû se résoudre à patienter : « C’est la première fois dans ma carrière que je fais demi-tour, et aussi la première fois que je dois m’en remettre au hasard ou à la chance. Je n’avais plus les cartes en main, et c’est totalement nouveau pour moi. Le froid, le givre, la neige même, ont rendu cette attente compliquée et très rude, physiquement et mentalement. La nature veut me remettre à ma place et me montrer qui commande. »

    A 11 heures françaises samedi, Yvan a levé l’ancre de son mouillage à Weld Bay, au sud des Tasmania Islands. Les vues satellites du jour laissaient penser que le blocage infranchissable s’était fragmenté pour se muer en une zone avec une importante densité de growlers, mais laissant la possibilité au gré des vents et courants de trouver des brèches navigables.

    Face au Détroit de Bellot

    Après une douzaine d’heures de navigation au près, souvent entouré de glaçons, Yvan est arrivé à hauteur du Détroit de Bellot, sous la neige et par moins 2°. Il avait plusieurs options : Soit attendre pour s’engager dans ce couloir étroit avec le début de la marée, soit s’y engager directement même si la marée avait commencé depuis plusieurs heures. Il faut rester le plus près possible du centre du chenal pour profiter du courant maximum. Le vent prévu est faible et portant et devrait être annulé par la vitesse due au courant, si bien que le vent apparent pourrait être de face. Yvan a tant rongé son frein à Weld Bay qu’il a choisi la deuxième solution au risque de profiter deux heures de moins du courant de marée.

    Un Détroit express

    La bonne nouvelle est que le Détroit est libre de glace. En 3 heures, le plus serré du détroit était avalé avec des séquences à plus de 8 nœuds au milieu du Détroit ! L’incertitude qui pesait sur le Défi Bimedia depuis plusieurs jours et menaçait de piéger Yvan définitivement, est presque totalement dissipée.

    D’autres bateaux qui ont choisi de forcer le passage par l’ouest, alors qu’Yvan lui est passé à l’est, sont bloqués en lisière de banquise. Parmi eux la barge qui transporte l’épave du bateau d’Amundsen !

    Reste que la saison est bien avancée et que l’hiver Arctique est de retour depuis le du 1er Septembre, ce qui laisse peu de marge pour rejoindre le Groenland et augure pour la suite du parcours, de conditions potentiellement difficiles en termes de force de vent, de durée de nuit et de froid.

    Tant espéré, le moment de tracer un sillage en Mer de Baffin est enfin là, depuis 3h30 dans la nuit de samedi à dimanche !

  • 02/09 8h00 Lettre d’Yvan Bourgnon armé de patience

    3 semaines d’attente et 3 tentatives pour tenter l’impossible : essayer de passer à travers un mur de glace. Mais où est passé le réchauffement climatique ?

    Ce matin du 31 août, je sors de mon sac de couchage recouvert de neige et je réalise que mon sort tient à peu de chose. Il en faudrait peu pour que la baie gèle et que je reste piégé dans ce désert très éloigné de toute civilisation.

    Comment attendre si longtemps dans un froid de gueux sans aucun confort ?! Ma petite tente fait la largeur de mes épaules, mon dos n’en peu plus. Après toutes ces semaines de dingue, j’ai l impression d’hiberner tel un ours polaire. La solitude et l’ennui me plongent dans les rêveries ; l’envie de finir, l’envie évidemment de retrouver ma petite famille, jamais de toute mon existence je ne me suis retrouvé dans une pareille situation ou la patience est le maître mot !!

    Ici l’hiver commence bien le 1er septembre, la nature ne veut pas me laisser passer ou veut elle simplement me montrer qui est le chef…

    Après 4 ou 5 essais où je risque ma vie à chaque fois, il faudra peut être que je rebrousse chemin. Jamais dans ma carrière je n’ai eu ce choix à faire ! Que ça va être dur si c’est le cas… Une chose est certaine, je n ai jamais autant vibré, autant eu de moments critiques, de solitude, vu de paysages aussi purs, de plaisir à observer cette nature si écrasante.

    Je dois maintenant avouer que la prise de risque est énorme, avoir touché de si près une pratique aussi extrême de mon sport me permettra de partager et de vivre pleinement tout ce qui me reste à vivre. Je me sens prêt pour ce dernier round et il faut que le pack de glace décide de m’offrir un petit passage, un tout petit passage sur les 15 derniers milles encore bloqués aujourd’hui. C’est si peu, après avoir déjà réalisé 2500 milles.

    Après cela, je serai de nouveau dans une navigation que je maîtrise, jusqu’à l’arrivée au Groenland, avec peu de glaces.

    Merci mille fois pour vos soutiens, je n’en ai jamais eu autant besoin. Si je suis pris par les glaces, pensez à m’envoyer toute votre chaleur que je puisse m’en sortir…

    Yvan

     

  • 29/08 Dilemme sur le Défi Bimedia 

    Toujours au mouillage hier, au moment de la vacation, Yvan souffrait du froid à moins 4°, et décrivait les ponts de « Ma Louloutte » recouverts de givre et de verglas. Pour autant, ce qui l’atteint le plus est bien la difficulté à évaluer si il lui sera possible de continuer vers le nord, et quand !

    Son mouillage actuel est protégé de tous les vents, même s’il faut se déplacer à l’intérieur pour trouver l’endroit propice. S’il le quitte pour s’approcher des Tasmania Islands, il sait qu’il ne trouvera plus d’abri aussi polyvalent. Or le bouchon de banquise existe toujours entre les Tasmania et le détroit de Bellot, ce qui lui imposerait un stop dans l’archipel ou à proximité.

    Aujourd’hui des vents forts soufflent sur le secteur et devraient faiblir en début de nuit en heure française. Si Yvan décidait de partir, sans aucune assurance que le passage se soit partiellement libéré, il devra risquer d’être malmené près des Tasmania mercredi, par des vents forts dans un mouillage mal abrité et ouvert aux growlers. Expérience infernale qu’il a déjà vécue et qu’il souhaite à tout prix ne pas renouveler.

    La distance qui sépare sa position actuelle du Détroit de Bellot est proche de celle entre La Trinité sur mer et l’le d’Yeu ! Une broutille à l’échelle du Défi Bimedia, mais pourtant immense en terme de difficultés accumulées :

    « Dans l’idéal, j’espère avancer un peu mardi, me protéger du coup de vent mercredi et passer Bellot jeudi. Mais pour l’instant c’est totalement hypothétique, car c’est complètement bouché au nord des Tasmania Islands. Peut-être que le coup de vent de sud sud-ouest de demain va ouvrir la glace, c’est tout ce à quoi je peux me raccrocher. »

     

  • 28/08 14h30 Attente glacée par vent de Nord sur le Défi Bimedia

    Toujours au mouillage dans la petite baie qui l’abrite depuis 6 jours et après trois tentatives infructueuses de franchissement du bouchon de glace quelques miles plus au nord, Yvan subit depuis hier des vents glacés. Soufflant du nord à 25 nœuds, ils ont fait chuter la température à moins 5 degrés.

    Pour éviter que son eau de consommation ne gèle, Yvan la stocke dans son duvet pendant son sommeil, avec son réchaud, qui lui aussi craint les températures négatives.

    Bien qu’abrité par sa protection coulissante, couvert de plusieurs couches de vêtements, et dans son duvet, le froid le saisit : « Le vent de nord est glacé, je n’ai jamais eu de température aussi basse depuis le départ. Je remue les doigts de pieds constamment pour éviter l’engourdissement, même dans mon duvet. Heureusement le mouillage tient bon malgré les 25 nœuds et je suis un peu à l’écart des growlers. »

    Chaleur humaine

    Le seul réconfort dans cette situation d’attente rude et incertaine, est dû à la présence dans la baie de voiliers qui pour les mêmes raisons qu’Yvan, patientent au mouillage. Bien sûr leur confort est sans commune mesure avec celui de « Ma Louloutte » puisqu’ils sont grands et dotés d’aménagements confortables. Mais les conversations par VHF suffisent pour redonner à Yvan une dose salutaire de chaleur humaine : « C’est sympa de pouvoir parler un peu. Il y a Susan que j’avais rencontrée à Nome et qui est là pour être la première femme à franchir le Passage du Nord-Ouest en solitaire. Elle est marquée par les conditions de glace actuelles et hésite à renoncer. Mais c’est super méritant déjà, ce qu’elle a accompli à plus de 70 ans ! »

    Le vent de nord, un mal pour un bien ?

    Le vent fort et très froid, même s’il est compliqué à vivre pour Yvan, lui laisse l’espoir de voir la position de la glace se modifier : « C’est sûr que le vent de nord n’est pas la bonne direction pour éloigner la glace. Mais avec les vents faibles des jours précédents, il ne s’est rien passé de bon. Là, au moins on peut imaginer que ça va faire bouger quelque chose, cette force de vent. La glace pourrait bien se fracturer et laisser un passage pour rejoindre Bellot. Les jours derniers, sans vent, la situation avait évolué dans le mauvais sens, le bouchon de 10 miles, au nord des Tasmania Island est passé à près de 60 miles ! Donc je préfère que ça brasse, même de nord ! »

    Aujourd’hui, alors que deux paquebots sont en attente pour passer et que seuls les brise-glaces peuvent avancer, il est impossible de dire quelle sera l’issue du Défi Bimedia ; chaque jour passé à attendre rapproche de la mauvaise saison qui compliquera voire rendra impossible la tentative du passage du Nord-Ouest pour 2017 …

  • 27/08 18:00 Le Défi Bimedia bloqué par la banquise, malgré le réchauffement climatique…

    Ne nous y trompons pas ! Si Yvan et « Ma Louloutte» sont aujourd’hui bloqués dans une petite baie en espérant voir le Passage du Nord-Ouest se libérer au sud des Tasmania Islands, c’est dû aux variations inter-annuelles de la fonte d’été. Différents facteurs comme le vent ou les courants peuvent provoquer un bouchon dans une zone étroite en poussant des growlers à s’accumuler entre la côte et la banquise.

    Bien sûr, cette situation ponctuelle ne remet pas en cause la variation de surface de la banquise sur le long terme. Entre 1984 et 2016, la NASA a pris des clichés qui montrent avec évidence, l’inquiétante diminution de la surface de la banquise en 32 ans. Greenpeace a récemment repris ces vues dans sa campagne de sensibilisation.

    Un cercle vicieux

    Plus la glace fond en été et plus il lui est difficile de se reconstituer en hiver ; or la glace, plus jeune et plus fine, fondra plus facilement qu’une plus âgée. De plus, la surface blanche étant plus faible, elle réfléchit moins le rayonnement solaire qui est donc absorbé plus massivement par l’océan Arctique contribuant à son réchauffement. Ces conclusions sont fondées sur des études menées par des équipes de chercheurs sous la direction d’Olivier Boucher au Laboratoire de Météorologie dynamique, et Catherine Ritz Directrice de recherche au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement.

    Pour ces scientifiques il n’y a aucun doute : « Dans sa tendance à long terme, la fonte des glaces de mer dans l’Arctique est liée au réchauffement climatique. »

    La banquise arctique a perdu en moyenne 3200 km3 par décennie depuis 30 ans, soit 320 km3 par an en moyenne.

    Et si la fonte des glaces de mer (banquise) n’entraîne pas de montée du niveau de l’océan, elle contribue au réchauffement climatique qui impactera les glaciers du Groenland.

    Le défi Bimedia est sur le fil du rasoir, tout comme notre planète.

     

  • 24/08 15:04 « Ma Louloutte » prise au piège sous l’emprise des glaces

    Après son demi-tour hier, contraint par les innombrables growlers qui barraient sa route et le vent très faible de face, Yvan a retrouvé la petite baie qui l’avait déjà abrité la nuit précédente.

    A l’aube, le réveil fut terrible ! Autour de « Ma Louloutte » à perte de vue, des plaques de glace dérivantes ont doucement envahi la baie pendant le sommeil du marin : « Quand je me suis réveillé c’était déjà trop tard ! Les glaces bloquent la sortie de la baie, et je suis totalement impuissant devant cette situation. Je n’ai pas les cartes en main. Si le vent passe au sud il dégagera peut-être la situation. S’il continue à souffler de nord et qu’il se renforce, les masses de glace vont dériver sur moi et écraser le bateau à la côte. »

    Les nerfs à rude épreuve

    Le contraste est saisissant entre le soleil, la blancheur éclatante des glaces, le calme, et d’autre part le drame qui se joue. Yvan est totalement à la merci des éléments, il n’a de prise sur rien. Seul le vent peut lui venir en aide. C’est d’autant plus rageant qu’à quelques miles plus au nord, le bouchon de glace des Iles Tasmania semble s’être résorbé et lui laisserait la voie libre pour s’approcher du Détroit de Bellot. : « J’ai un peu craqué j’avoue. Je me suis tellement battu depuis quelques jours pour quelques misérables miles, que de faire demi-tour déjà m’avait fait mal au moral, c’est la première fois que je fais demi-tour depuis le début de ma carrière de marin aventurier. Et là, c’est la pire des situations, le défi pourrait s’arrêter là si le vent ne m’aide pas. Je suis vraiment sur un fil. »  

    RDV ce soir à 19h30 pour le LIVE FB et échanger en direct avec Yvan Bourgnon

     

  • 23/08 15:32 Reculer pour mieux passer entre glaces et îles Tasmania sur la route du Défi Bimedia

    De Paysley Bay à l’anse qui l’accueillerait la nuit suivante, 36 miles à parcourir. Avec « Ma Louloutte » plutôt du genre surtoilée, cela devait être une formalité. Or, le vent de face, faible à nul, et les innombrables growlers en travers de sa route en ont décidé autrement ; debout sur ses bancs surélevés avec la télécommande du pilote et des jumelles en main, Yvan passe les 2/3 de son temps à chercher un passage entre les blocs de glace et le 1/3 restant à redescendre sur le trampoline pour virer. Il estime avoir viré près de 150 fois pendant ces 36 miles à 1.6 nœuds de moyenne.

    Malgré cette combativité, la nuit est tombée depuis plus de 2 heures accompagnée de brume épaisse, quant Yvan arrive enfin à mouiller.

    Demi-tour

    A l’aube, il est reparti vers le nord et les Iles Tasmania, mais 3 heures plus tard, il rencontre une concentration de glace telle que le passage n’est plus possible. Devant le risque d’être entouré par les growlers, Yvan décide de faire demi-tour et de rejoindre la baie qu’il avait quittée : « C’est assez déprimant de voir que le temps passe et me rapproche de la mauvaise saison, et de revenir sur mes pas. Mais avec ce vent presque inexistant, à part sur le Léman pendant « le Bol d’Or », impossible de prendre du plaisir. Pour grappiller de malheureux miles, j’expose « Ma Louloutte » à des collisions dangereuses avec les glaçons et risque de me faire enfermer au milieu d’eux. Le plus sage est de revenir à mon point de départ de ce matin ».

    L’attente de jours meilleurs

    C’est reculer pour mieux sauter, car les vents faibles de nord vont laisser la place à des vents de sud de 25 nœuds qui pourront pousser les glaçons et dégager la place. Yvan doit ronger son frein et patienter le temps que ce ménage se fasse, peut-être 48 heures…

    Il sera alors au portant pour couvrir la distance qui le sépare des Iles Tasmania puis du Détroit de Bellot, avec toujours la crainte avec le retour du vent fort, d’un choc à grande vitesse avec les growlers.

     

  • 22/08 16:10 En cas de danger, briser la glace sur le Défi Bimedia

    Se plier au rythme de la nuit

    De 4 heures du matin à 22 heures, le jour est présent et les nombreux growlers dérivant sur la trajectoire de « Ma Louloutte » sont surveillés à la jumelle par Yvan qui, debout sur ses bancs surélevés a une vision panoramique du plan d’eau. Avec la télécommande du pilote en main, il slalome entre les masses de glace et descend fréquemment sur le trampoline pour virer de bord. Il est au près, le vent est faible, mais un choc sous un mauvais angle avec un glaçon, pourrait éventrer les coques…

    C’est pourquoi la nuit, Yvan doit impérativement trouver un mouillage. Hier à Paysley Bay, son réveil fut stressant : « Quand le jour s’est levé, j’ai vu que la baie était entièrement blanche. Une fine couche de glace la recouvrait. Le pont du bateau était verglacé lui aussi. Je suis parti immédiatement de crainte que le bateau ne soit immobilisé. Le vent était faible et j’ai pensé un moment qu’il n’arriverait pas à briser cette couche de glace ! En fait, elle était fine et j’ai réussi à sortir de la baie en cassant cette surface blanche avec les étraves. »

    36 miles de slalom

    Une fois la baie quittée, Yvan se retrouve en compagnie de centaines de growlers, de tous côtés et sa progression est forcément lente, et sous tension. La prochaine baie adaptée au mouillage, se trouve à 36 miles de son point de départ du jour, et son programme est d’y arriver avant la nuit !

    L’équation est simple, 18 heures pour parcourir 36 miles à 2 nœuds. Avec les vents faibles et de face qui rallongent la route et les détours incessants pour contourner des growlers, cette moyenne n’est pourtant pas facile à tenir !

    Les Iles Tasmania, un passage clé

    Yvan est maintenant tout près d’entrer dans cet archipel, si un couloir libre de glace lui en laisse la possibilité. Peut-être qu’entre les deux îles centrales un couloir lui laissera une petite marge de manœuvre. Plus au nord, la banquise est encore compacte. Un voilier Autrichien en acier qui au moteur a du « jouer » au flipper avec sa coque pour se frayer une route, lui a fait comprendre que pour « Ma Louloutte » la porte n’est pour le moment pas ouverte.

    Les prochains jours seront décisifs pour l’issue du Défi ! En attendant, Yvan est toujours aussi émerveillé du spectacle offert par les lumières rasantes irréelles de ces latitudes …

  • 21/08 15:19 Nuit et glaces, un cocktail détonnant sur le Défi Bimedia

    Les jours sans fin ne sont plus qu’un souvenir, les nuits obscures, sans être totalement noires, durent déjà 6 heures : « Au plus sombre des nuits je peux apercevoir un growler à moins de 200 mètres avant d’être dessus ! Autant dire que ce serait trop tard pour manœuvrer. Je dois donc trouver un coin abrité chaque soir pour mouiller, ça rallonge la route en plus, d’aller au fond des baies pour trouver l’endroit adapté.»

    En effet, Yvan ne peut pas mouiller ailleurs qu’en eau peu profonde de 2 à 3 mètres, la longueur de chaîne embarquée est prévue pour ce type de profondeur. Or sur sa route, les fonds sont importants même près des côtes, et l’obligent à s’enfoncer loin à l’intérieur des reliefs.

    Hier, il restait à Yvan 36 miles à parcourir avant la prochaine baie avec des vents de face. La certitude de ne pas y arriver avant la nuit et la présence de growlers dérivant sur sa route, l’ont conduit à se rabattre sur Paysley Bay. Là, par vent très faible et par 2 mètres de fond, Yvan se pensait tranquille. Il a commencé à dormir, mais bientôt « Ma Louloutte », tout doucement s’est rapprochée d’un banc de sable, jusqu’à s’échouer mollement par l’arrière : « Encore une fois j’ai du me mettre à l’eau, pour repousser les coques et réussir à repartir. Une galère ! il m’a fallu 2 tentatives pour flotter à nouveau. C’est sans doute ma longueur de chaîne insuffisante qui fait décrocher l’ancre aussi facilement. L’ancre, elle, n’est pas en cause. Si c’était à refaire j’emmènerais plus de chaîne quitte à alourdir encore plus le bateau. Si je m’échoue à marée haute, je pourrais bien être définitivement bloqué, ce serait trop bête d’abandonner à cause d’un banc de sable»

    Après cette épreuve, Yvan s’est endormi, quand des détonations puissantes l’ont fait sursauter : « On aurait dit des explosions à la dynamite comme pour déclencher les avalanches en montagne. J’ai fait le tour du bateau et constaté que j’étais entouré d’une centaine de growlers qui en éclatant à cause des différences de température, provoquaient ces véritables détonations ! »

    Pas d’inquiétude pour autant car les glaçons dérivaient lentement et ne risquaient pas de boucher l’entrée de sa baie. Malgré tout il faut surveiller le mouillage, la partie cordage pouvant être tranchée par les bords acérés de ces masses de glaces.

    Ce matin Yvan devait quitter son mouillage, si toutefois les vents très faibles le permettaient.