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  • 14/09 14:30 L’instinct de compétiteur contrarié sur le Défi Bimedia

    De pond Inlet à Clyde river

    Depuis son mouillage près de Pond Inlet et la tempête qui l’a propulsé en mer de Baffin, Yvan n’a eu que peu de répit.

    Son envie de traverser vers la baie de Disko pour rejoindre le Groenland et admirer du même coup les nombreux et massifs icebergs qui peuplent cette baie a été contrariée par les vents forts et la mer très formée. Après sa décision de descendre le long du canada, il est arrivé à la hauteur de la Clyde River où il a mouillé la nuit dernière.

    Le compétiteur ronge son frein

    C’est l’occasion de faire un check up complet de « Ma Louloutte » après les violents efforts qu’elle a enduré ces deux derniers jours. C’est aussi un temps de repos réparateur pour Yvan, qui a vécu la tempête la plus forte depuis qu’il navigue sur « Ma Louloutte ». Pendant le Défi Bimedia, la patience lui aura été enseignée, et la sagesse aussi, car il aura souvent contrarié son instinct de compétiteur devant les épreuves. Pour un aventurier mais aussi régatier, comme lui, c’est un exercice très frustrant de sans cesse devoir se brider, briser son élan…

    Cette nouvelle halte dans sa progression a pris fin aujourd’hui à minuit heure française. Yvan a levé l’ancre dans un vent de 15 nœuds mais un flux d’une trentaine de nœuds de nord nord-est devrait l’obliger à faire cap au sud est, avant de gagner dans l’est, à la faveur d’une rotation des vents au nord nord-ouest. Si les vents sont plus forts que les prévisions comme c’est le cas depuis plusieurs jours, Yvan devra peut être relâcher dans un nouveau mouillage 200 miles au sud de sa position actuelle, avant d’envisager la traversée vers le Groenland.

    Dans tous les cas, il pense pouvoir être à Nuuk entre le 18 et le 20 septembre.

     

  • 13/09 10:00 Grande claque et petit plaisir sur le Défi Bimedia

    Depuis le départ de son défi, Yvan compte les jours avec des conditions plaisantes sur les doigts d’une main. Mardi était une de ces rares journées, ensoleillée, sous un vent portant de 15 nœuds, et des températures positives !

    Après la tempête subie dans la nuit de dimanche à lundi, c’est un plaisir dont Yvan sait profiter : « J’apprécie vraiment, je me fais plaisir à la barre et sans me geler. J’en ai tellement bavé pendant la tempête ! Je pense que c’est la plus forte que j’ai jamais subie avec « Ma Louloutte » ! Les rafales étaient d’une telle brutalité ! Je n’en reviens pas de m’en être sorti sans casse. A part mon ancre flottante principale qui a explosé. Elle est pourtant conçue pour un bateau d’une dizaine de tonnes ! »

    Yvan continue donc sa descente le long des côtes Canadiennes et devait prendre hier soir une décision : « Je vais passer devant Clyde River, un village canadien avec un bon mouillage, et soit j’y reste 2 jours pour attendre des conditions optimales pour traverser vers la baie de Disko au Groenland, soit je continue le long du canada jusqu’au travers de Nuuk. Je n’ai pas encore pris ma décision, liée à la météo. »

    Cette descente vers le sud a pour conséquence un rallongement significatif des nuits : « J’ai 9 heures de nuit maintenant et en ce moment elles sont totalement noires. C’est angoissant parce que les icebergs sont possibles dans cette zone. Et je suis obligé de reprendre mon rythme de sommeil par tranches de 20 minutes maximum pour éviter une collision. »

    Yvan aimerait pourtant les voir de près les massifs icebergs de la Baie de Disko qui le font rêver. Mais sa sécurité prime et si les conditions pour traverser ne sont pas réunies il devra renoncer à ce spectacle extraordinaire et passer plus au sud.

     

  • 12/09 11:30 Le passage du Nord-Ouest : toute une Histoire

    Le mouillage de Hatt Bay fut théâtre d’un fort coup de vent durant lequel « Ma Louloutte » sur ancre a fait des figures de style sur une coque, et d’une tempête, où lestée de 400 litres d’eau de mer dans des bidons, elle est restée à l’endroit malgré la violence des rafales. Cette escale restera aussi marquée par la rencontre entre Yvan et une barge tractée par un remorqueur ; sur la barge, l’épave renflouée du « Gjoa » d’Amundsen, explorateur Norvégien et premier à franchir le Passage du Nord-Ouest en 1906.

    Propulsé en Mer de Baffin

    Reparti hier à minuit heure française, quelques heures après le remorqueur, Yvan pensait voir, comme prévu, le vent mollir progressivement. C’est le contraire qui s’est produit, entre les montagnes qui entourent le « fjord » à l’est de Pond Inlet. : « Le vent est monté assez brutalement, et jusqu’à 50 nœuds, la nuit est tombée et la situation est devenue intenable. « Ma Louloutte » n’est pas taillée pour ça, et j’ai rapidement tout affalé. Pour réduire la vitesse et contrôler un peu cette fuite, j’ai mis à l’eau mes 2 ancres flottantes… Et aussi mes deux ancres classiques ! Malgré ça j’avançais encore à 6 nœuds à sec de toile. Sans doute que le vent fort était augmenté par un effet venturi à cause des montagnes. Le vent soufflait dans l’axe du plan d’eau et m’a propulsé en Mer de Baffin. Je me suis rarement senti autant en danger.

    Là, il est passé à 35, 40 nœuds avec une mer très formée et des creux de 4 m assez rapprochés. Comme il avait tourné au nord j’ai continué à fuir ver le sud, toujours à sec de toile. Impossible dans ce vent et cette mer casse bateau d’imaginer traverser directement vers la Baie de Disko ! Je pense que c’est trop risqué de tenter de traverser et je vais descendre en longeant le Canada. J’espère que ça va mollir comme prévu plus au sud. Je me raccroche à ça. Parce qu’en ce moment avec le vent du nord les températures sont très rudes. Dans une mer comme celle là assez escarpée, j’ai frôlé le chavirage deux fois et là c’est sûr, ce serait la fin du défi… »

    Les éléments prennent un malin plaisir à rendre toute prévision impossible sur le Défi Bimedia et encore une fois, l’optimisme à peine réapparu hier, a été tué dans l’œuf.

  • 11/09 9:30 Le Groenland en ligne de mire pour le Défi Bimedia

    Ne pas s’envoler

    La tempête a tenu ses promesses au mouillage de Hatt Bay, et les 60 nœuds des rafales sont les plus élevés mesurés depuis le début du défi. Suite à ses figures de style pendant le premier coup de vent il y a deux jours, où « Ma Mouloutte » s’était parfois retrouvée sur une coque et Yvan au rappel, des solutions ont été imaginées : « Pour éviter de me retrouver à l’envers cette fois -ci j’ai rempli d’eau de mer des bidons et jerricans, pour alourdir les flotteurs. 200 kilos de chaque côté ! Ça a aidé à maintenir le bateau à plat dans les longues heures de tempête. C’était vraiment stressant et angoissant, avec un tel vent, si mes ancres chassaient c’était l’échouage assuré. »

    La dernière traversée

    Hier soir heure française, le vent avait déjà bien baissé et Yvan a quitté son mouillage à minuit. Il est sorti du long passage encaissé entre des montagnes après Pond Inlet, et entre ce matin dans la Mer de Baffin. La tempête est encore perceptible dans les mouvements de houle et de vagues, qui vont peu à peu s’apaiser.

    Le vent de nord modéré devrait permettre à Yvan de tenir des moyennes élevées les premiers jours de cette traversée vers la baie de Disko au Groenland. Près de 400 miles et 4 jours l’attendent avant de voir à l’horizon les massifs groenlandais.

    Les pièges de cette fin de parcours sont encore potentiellement nombreux : Vents forts, brumes soudaines, icebergs le long des côtes groenlandaises. Mais la somme de difficultés surmontées jusque là donne à cette navigation en Mer de Baffin, loin des mouillages infernaux et enneigé, un goût de délivrance.

    Après son atterrissage près de Disko Bay, Yvan descendra vers le sud et Nuuk, son point d’arrivée. Entre les deux, les mouillages sont plus nombreux et plus sûrs qu’au Canada Arctique.

  • 09/08 18:00 Surréaliste

    Le stand by météo de « Ma Louloutte » prend des allures totalement hallucinantes dans une petite anse à quelques miles de Curry Island. Hier Yvan avait prévu du costaud au niveau du mouillage en affourchant ses deux ancres, mais attendait des vents de 25 à 30 nœuds qui sont en fait montés à 40 et plus dans les rafales. « Ma Louloutte » tirait violemment sur ses chaînes et se faisait secouer par un clapot d’un mètre.

    Comme si ce n’était pas suffisant, le catamaran s’est plusieurs fois retrouvé sur un coque ! La conjonction des rappels brutaux des chaînes, des mouvements du clapot et des fortes rafales ont provoqué ces figures de style qui ont obligé Yvan à user de son poids pour maintenir son bateau à plat et lui éviter de se retourner !

    Un voilier Australien, et un remorqueur qui tracte la barge du bateau d’Amundsen avaient rejoint la même baie ; Yvan éffaré a vu le remorqueur chasser, et la barge derrière lui venir au contact du voilier mouillé un peu en arrière. Le voilier sous la pression a pris une gîte de 45° et Yvan pouvait voir l’équipage en panique essayer de se dégager. C’est seulement quand le remorqueur a mis ses machines en avant que la situation s’est rétablie :  « Incroyable, surréaliste ! Je n’ai jamais vu une telle scène ! Un moment j’ai même craint que cet attellage ne m’arrive dessus et emporte « Ma Louloutte » ! J’ai eu le capitaine du remorqueur à la VHF, il m’a dit que depuis dix ans qu’il navigue sur ce bateau et dans cette région, c’est la première fois que ces ancres dérapent ! »

    La rencontre hautement symbolique entre le bateau d’Amundsen, premier explorateur à avoir franchi le passage du Nord-Ouest et Yvan était déjà improbable, mais dans de telles circonstances, personne n’aurait pu l’imaginer.

    Attention, car le plus fort des prévisions de vent est pour la nuit de samedi à dimanche avec plus de 50 nœuds dans les rafales.  « L’endroit semble sûr même si j’ai fais du freestyle hier ! Mes ancres n’ont pas bougé et c’est le principal. Avec 50 nœuds si elles dérapent ce sera l’échouage assuré. »

    Yvan aura l’énergie suffisante pour surmonter cette tempête, car les nouvelles sont bonnes pour les jours suivants : « Quand cette dépression sera passée, il y aura normalement 3 à 4 jours favorables à la traversée de la Mer de Baffin, avec en plus des températures qui redeviendront positives ! Donc je suis prêt si tout ça se confirme à partir dès lundi pour la traversée. Une fois de l’autre côté, les mouillages sont nombreux pour s’abriter en cas de coup de vent alors que côté canadien ils vont se raréfier . Là je sens bien la suite et je pourrais être à Nuuk le 20 !! ».

    Bien sûr personne ne sait mieux qu’Yvan que des pièges et des retournements de situations sont toujours possibles. Mais pour une fois l’horizon semble s’éclaircir pour l’issue du défi Bimedia !

  • 08/09 10:00 Fort coup de vent attendu sur le Défi Bimedia

    Stand by Météo pour Yvan Bourgnon

    Hier à Hatt Bay, Yvan semble avoir trouvé le mouillage qui le protégera efficacement pendant le fort coup de vent attendu. Au plus fort, les rafales dépasseront les 45 nœuds et « Ma Louloutte » sur ses deux ancres devra résister pour ne pas chasser et s’échouer.

    Le sentiment d’être au bon endroit pour ce qui l’attend a apaisé et reboosté le moral d’Yvan. Il est situé à quelques miles dans l’ouest de Pond Inlet, et pourra poursuivre sa route dès que le vent et la houle seront redevenus maniables, sans doute pas avant dimanche soir ou lundi.

    Quelques points positifs

    Un facteur important dans les jours qui viennent, est la remontée des températures 2 ou 3 degrés au dessus de zéro, qui rendront la vie d’Yvan plus confortable, ne serait-ce que pour s’hydrater sans avoir à faire fondre son eau avec le réchaud, qu’il devait au préalable avoir lui même réchauffé afin qu’il fonctionne. Les crampes qui le handicapaient, faute de boire assez souvent, devraient le laisser tranquille.

    Le calme relatif va lui permettre de réparer la déchirure du gennaker avec des patches composite. Yvan l’avait choqué en urgence après sa collision avec un morse, et la voile s’était accrochée sur un panneau solaire.

    Ensuite la descente le long des côtes Canadiennes sur la Mer de Baffin pourra reprendre, avec plusieurs options de route selon les conditions météo : « L’important c’est que je me rapproche de ma petite famille, cette perspective m’aide à tenir jour après jour. »

  • 07/09 11:00 Coup au moral pour Yvan Bourgnon sur son Défi Bimedia

    Une descente contrariée

    Depuis son entrée dans le détroit de Lancaster et la fin de la montée vers le nord, Yvan avait vraiment la sensation de faire route directe vers le but. D’abord à l’est puis au sud est, chaque mile gagné boostait son mental après la trop longue attente à Weld Bay.

    Mais voilà qu’aujourd’hui, « Ma Louloutte » sous la menace d’une dépression très creuse avec des vents prévus de 50 nœuds, doit se mettre à l’abri une nouvelle fois et probablement pour au moins 4 jours ! Des conditions de vent de cet ordre, Yvan en a surmontées souvent dans sa carrière et pendant son tour du monde sur « Ma Louloutte », mais par 70° nord lorsque la mer est à 0° et l’air à moins 7°, un chavirage serait sans doute fatal. C’est pourquoi le sens marin impose de ne pas courir ce risque.

    En direction de Pond Inlet Yvan a mouillé hier dans une baie au pied de montagnes et d’un petit glacier, dans des fonds de 2 mètres. En raison d’un marnage supérieur à celui indiqué sur les cartes, l’ancre a décroché obligeant Yvan à se mettre à l’eau pour éloigner le bateau du rivage et repartir à la recherche d’un havre plus sécurisant. Au passage, il lui a fallu briser la surface gelée de qui menaçait de le bloquer.

    Lutter contre le froid, le vent, et la déprime

    Le prochain mouillage sera délicat, et certainement sur deux ancres pour résister aux fortes rafales attendues. C’est la mort dans l’âme à l’idée de ce nouvel arrêt qu’Yvan a parcouru les derniers miles hier. Le froid cinglant à moins 7°, le verglas et les stalactites qui emprisonnent les bouts, ou empêchent la grand voile de coulisser sont difficilement supportables en temps normal mais Yvan prend sur lui. Malheureusement, la perspective d’être longtemps à l’arrêt une fois de plus, vient saper à la base cette volonté durement mise à l’épreuve :

    « C’est dur, très dur, le sort s’acharne sur moi. Je suis gelé, il n’y a pas de soleil depuis 5 jours, et de ne plus avancer c’est carrément déprimant. Ici c’est tout ou rien depuis le début : soit des vents faiblards soit des coups de vents. Et même au mouillage avec 40 ou 50 nœuds, je ne peux pas faire grand chose en cas de problème. Je n’arrive même pas à maintenir mon eau liquide en mettant les bouteilles dans mon duvet ; du coup je ne m’hydrate pas assez. J’ai eu des crampes violentes à cause de ça. Pendant le tour du monde, j’ai eu une seule fois une baisse de moral, ici c’est souvent. Vraiment je suis au bout de ce que je peux donner. »

    Quelques moments magiques, comme sa rencontre avec 5 narvals, viennent ponctuellement alléger le très lourd quotidien d’Yvan.

  • 05/09 16:30 Collision sans gravité avec un morse sur le Défi Bimedia

    Depuis le départ samedi de Weld Bay, Yvan n’a pas vu le soleil et le soulagement d’être passé in extremis de l’autre côté de la barrière de glace, n’empêche pas que de nouvelles difficultés surgissent.

    Comme au début du Défi Bimedia, les panneaux solaires privés de luminosité, ne chargent pas suffisamment les batteries et Yvan doit barrer à la place des pilotes. Il est déjà dans le rouge au niveau sommeil après seulement 4 jours de navigation depuis Weld Bay. Pour l’instant, rien ne dit que les conditions vont en rester là et le marin garde bon moral.

    Il fait route au près, par 12 nœuds de vent, sur une mer à 0° et de l’air à moins 5° ; les embruns sont de retour dans ces zones sans glace, et augmentent la sensation de froid due au vent apparent : « Ce sont les conditions les plus froides depuis le départ de Nome, et je n’arrive pas à me réchauffer les pieds malgré mes 4 paires de chaussettes »

    Hier, la progression de « Ma Louloutte » a été brutalement stoppée ! Dans ces régions mal cartographiées Yvan a d’abord pensé à un choc contre une roche. Quand il a aperçu les défenses d’un morse entrain de plonger dans son sillage, il a compris la vraie nature de cette collision : « Heureusement, je n’allais pas très vite et les coques n’ont pas souffert, le morse non plus je crois. Par contre comme j’ai choqué le gennaker en urgence il s’est accroché au panneau solaire et s’est déchiré. J’attendrai un moment plus calme pour recoudre et appliquer un « Composite Patch ». Je ne suis pas inquiet ».

    La Mer de Baffin est libre de growlers mais la vigilance est toujours de mise, une rencontre est toujours possible même si les probabilités sont faibles.

     

  • 04/09 20:00 Le Défi Bimedia libéré des geôles Arctiques

    La prison de glace a enfin ouvert ses portes, estimant qu’Yvan avait suffisamment payé pour son droit de passage. 12 jours bloqués, à la limite du renoncement, et puis samedi dernier, une 4ème tentative presque désespérée, et en tous les cas de la dernière chance, a laissé « Ma Louloutte » passer !

    Les growlers étaient présents sur la route d’Yvan, mais le Détroit de Bellot lui même, libre de glace. En 3 heures, le plus serré du détroit était avalé avec des séquences à plus de 8 nœuds ! L’incertitude qui pesait sur le Défi Bimedia depuis plusieurs jours et menaçait de piéger Yvan définitivement, est presque totalement dissipée.

    D’autres bateaux qui ont choisi de forcer le passage par l’ouest, alors qu’Yvan lui est passé à l’est du Détroit de Franklin, sont bloqués en lisière de banquise. Parmi eux la barge qui transporte l’épave du bateau d’Amundsen ! Ils ont fait appel à un brise-glace pour venir les sortir de ce mauvais pas.

    Dimanche Yvan profitait du vent faible en sortie du Détroit pour se reposer et ne cachait pas son soulagement : « J’ai bien crû que le Défi Bimedia allait s’arrêter à Weld Bay. Je suis immensément soulagé d’être maintenant sorti de ce traquenard. La navigation dans cette dernière partie redevient plus classique, avec des difficultés sur lesquelles j’aurai un pouvoir d’action. Contre la banquise, je n’avais aucune autre arme que la patience, et cela aurait bien pu ne pas suffire. »

    En liberté conditionnelle

    Aujourd’hui, Yvan remonte vers le nord entre Baffin Island à l’Est, et Sommerset Island à l’Ouest. Pour le moment sa progression vers le nord compense le rallongement naturel des nuits, et l’obscurité est toujours d’environ 6 heures ; une fois dans le détroit de Lancaster, il devra mettre cap à l’Est puis au Sud-est pour faire route directe sur Nuuk ; les nuits feront alors près de 12 heures.

    Les growlers seront normalement peu ou pas présents jusqu’à Nuuk, mais les icebergs oui. Si même la nuit leur présence peut se signaler au marin par une baisse rapide de la température, en revanche, les brumes épaisses de la mer de Baffin en cette saison rendraient périlleuse toute navigation : « En cas de brume qui masque parfois les étraves, je n’aurai pas d’autre solution que de me laisser dériver en attendant que ça se dégage ! Mais la patience est quelque chose que j’ai appris ici. Et au moins un iceberg peut se contourner ! »

    Les brouillards givrants seront peut-être au rendez-vous et avec eux les risques d’alourdissement du gréement sous une gangue de glace. N’oublions pas non plus que Sommerset Island que longe Yvan depuis sa sortie du Détroit de Bellot est une des zones regroupant le plus d’ours polaires en Arctique. En cas d’obligation de mouillage il devra être très vigilant.

    Restent les tempêtes et les vents catabatiques dont la saison commence…

    On le voit, la liberté laissée par les glaces est relative, et Yvan est comme en conditionnelle !