Journal de bord

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  • 26/09 11:00 Mille mercis pour tous vos messages

    Bonjour M. Bourgnon,

    Bien au-delà de votre Palmarès de Navigateur et de grand Skipper à travers les Océans, pour la Nature, la Terre, les Océans, pour l’homme aussi, bien sûr et surtout tous nos Compagnons d’aventures, les animaux et les plantes.

    Merci, merci pour cette incroyable odyssée qui fait de Vous un Passeur, un Nomade-Aventurier de l’extrême ! Merci pour ce témoignage qui dépasse le seuil même de l’abnégation.

    Pour avoir et encore tutoyé la force extrême des éléments, à bord de mes esquifs vélivoles qui m’emmènent au-delà des 60 Nœuds de vent approcher déferlantes et mers de tempêtes, là-bas, vers l’extrême pointe d’une Île à part, je mesure combien ce pari avec soi-même, cette épreuve, en esprit et envers le corps poussé à bout aura été redoutable !

    Mais ce que vous nous rapportez, ce que vous relatez, toutes ces précieuses informations et révélations sont à la hauteur et plus encore, réinitialiseront, réinventeront de manière radicale nos rapports à la Planète Bleue, à la beauté, à l’imagination et à l’inventivité…

    J’aime la voile, l’écriture, la poésie, l’extrême aussi quand ils servent une noble cause …

    C’est magnifique, et puis, cet engin si petit lancé à travers les étendues glacées, imprévisibles, ces canaux récemment ouverts par la folie des hommes… Quelle leçon de dignité et de solennité donnez-vous aux futures actions des décideurs de ce Monde résolument, aveuglément embarqués à travers une fuite en avant éperdue, incontrôlée.

    Vous êtes désormais de la trempe des Joshua Slocum, Moitessier, Tabarly, de ces hommes dont la mer ne saurait jamais refermer le vaste sillage, tellement lumineux reste-t-il dans la mémoire de Mer-Océan !… Fait de Civilisation salutaire, sans aucun doute !

    Plein de bonnes vibrations à vous, auprès des vôtres qui vous auront si souvent et certainement manqués !

    Pour l’Océan, la Planète Bleue, cette merveilleuse Traversée qu’il nous est donné de réaliser à bord de ce vaisseau perdu dans le Cosmos ! Merci

    Christian (de l’île de Corse)

    © dessin : ber breizh

     

  • 24/09 BEST OF du Défi Bimedia d’Yvan Bourgnon

    Parti le 13 juillet à 8h30 de Nome en Alaska, Yvan s’est amarré à 0h12 aujourd’hui à Nuuk, au Groenland, au bout d’un combat qui l’a amené à dépasser ses limites et à aller au delà de la souffrance.

    71 jours en péril permanent, sans jamais avoir de droit à l’erreur, tant les conditions de vent, de température de l’air et de l’eau, les glaces dérivantes, les roches non répertoriées, menaçaient l’intégrité de « Ma Louloutte » aussi bien que la vie du marin.

    A ce stress permanent s’ajoutaient le froid intense et l’humidité constante de la pluie ou des embruns : « J’ai découvert ce qu’était la peur en mer. Je suis conscient d’avoir dépassé mes limites, j’aurai beaucoup appris de ce défi. Tout s’acharnait à essayer de me mettre à la mer, et l’eau à 2° c »était la mort assurée. »

    Voici un BEST OF des moments durs et beaux, de cet exploit majeur accompli par Yvan :

    Départ de Nome en Alaska le 13 juillet, après 15 jours de préparation du bateau.

    Détroit de Béring : La Russie et la Sibérie à bâbord, l’Alaska et les Etats-Unis à tribord : « Je suis passé à vue des Iles Diomède distantes de 3 km, l’une est russe l’autre américaine. »

    1er franchissement du cercle polaire par 66° 33′ de latitude nord. Le 15 à 23 heures françaises Yvan a basculé dans le cercle fermé des navigateurs polaires.

    Le début de la pluie, qui s’invitera pendant plus d’une une semaine avec notamment plus de 36 heures sans interruption.

    Point Barrow : La première porte des glaces, où un étroit passage s’ouvrira juste à temps pour laisser passer Yvan. Les premiers growlers, la ligne blanche de la banquise qu’il longe, les phoques, baleines et cachalots offrent un spectacle majestueux.

    La chute à la mer, à Prudhoe Bay : Pendant qu’il file de la chaîne, le taquet s’arrache et Yvan déséquilibré tombe par dessus bord. Il s’épuisera pour remonter à bord et mettra un temps infini à ne plus être frigorifié.

    Hershel Island au Canada « Ma Louloutte » y fait une halte de douze heures pour réparer le régulateur du panneau solaire orientable.

    Le premier ours polaire est aperçu à l’entrée du Golfe d’Amundsen, seul sur un growler d’une cinquantaine de mètres. Entouré de centaines d’îles, îlots et têtes de roches dans la partie la plus étroite du détroit d’Amundsen, le manque de cartographie est un facteur de stress important.

    Mouillage de tous les dangers à Hat Island : Le vent fort transforme le mouillage en piège. « Ma Louloutte » est proche de l’échouage et Yvan doit se mettre à l’eau pour l’empêcher de heurter les rochers : «En plus de l’angoisse de perdre le bateau, le froid en dessous de zéro a gelé l’eau du bord et je n’ai rien pu boire durant ces efforts violents.

    Talayoak : Yvan à été contraint d’y séjourner au mouillage une semaine, Les réparations indispensables sur les pilotes qui l’avaient poussé à se mettre au calme, ont nécessité trois jours, mais la banquise barrait la route vers le Nord, et il ne servait à rien de reprendre le large.

    Weld Bay, 3 demi-tours près des Iles Tasmania : Le Défi Bimedia a bien failli s’arrêter à Weld Bay où la pause forcée a duré 12 jours pour cause de barrière de glace. Après 3 tentatives manquées pour franchir le bouchon de glaces qui bloque le passage à quelques miles de ce mouillage, et des risques énormes pour « Ma Louloutte » et pour sa vie, Yvan doit patienter…

    Le Détroit de Bellot : Après une douzaine d’heures de navigation au près, souvent entouré de glaçons, Yvan est arrivé à hauteur du Détroit de Bellot, sous la neige et par moins 2°.

    Collision avec un morse : Pensant d’abord à une roche, Yvan aperçoit le morse dans son sillage.

    Hatt Bay : Yvan a mouillé à Hatt Bay pour s’abriter et, comme prévu le vent a soufflé en tempête. Le catamaran s’est plusieurs fois retrouvé sur une coque ! Sur les traces d’Amundsen : un remorqueur qui tracte la barge du bateau d’Amundsen avaient rejoint la même baie de Hatt ; Yvan effaré a vu le remorqueur chasser, et la barge derrière lui, venir au contact du voilier mouillé un peu en arrière. : « Un moment j’ai même craint que cet attelage ne m’arrive dessus et emporte « Ma Louloutte » !

    La plus forte tempête subie avec « Ma Louloutte » : Entre les montagnes à l’est de Pond Inlet. : « Le vent est monté jusqu’à 70 nœuds et la nuit est tombée. Pour réduire la vitesse et contrôler un peu cette fuite, j’ai mis à l’eau mes 2 ancres flottantes… Et aussi mes deux ancres classiques ! Malgré ça, j’avançais encore à 6 nœuds à sec de toile. »

    Clyde River : Les vents forts et la mer très formée contraignent Yvan à descendre le long du canada. Il est arrivé à la hauteur de la Clyde River où il a mouillé ; l’occasion de faire un check up complet de « Ma Louloutte »

    L’invité surprise de Qikiqtarjuaq : Dans la nuit, au mouillage, Yvan est alerté par une position inhabituelle du bateau, dont les étraves plongeaient sous la surface et le tableau arrière s’élevait 1 mètre au dessus de l’eau : « Devant moi au niveau des étraves, un ours polaire avait les deux pattes posées sur le pont de la coque bâbord qui s’enfonçait sous l’eau. »

    Les icebergs massifs du Détroit de Davis : Le début de la traversée vers le Groenland est parsemé de véritables immeubles de glace de près de 500 mètres de long et 100 de haut. C’est aussi le retour des nuits sans nuages et la première aurore boréale.

    Arrivée à Nuuk et la fin heureuse du Défi Bimedia à 0h12 dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 après 71 jours !

     

  • 22/09 9:00 Le Défi Bimedia l’Exploit d’une vie pour Yvan Bourgnon

     A minuit et 12 mn la nuit dernière, Yvan Bourgnon est entré dans le chenal de Nuuk au Groenland, bouclant avec succès le défi le plus extrême de sa carrière et de sa vie.

    Au bout de lui-même…

    Yvan Bourgnon, parti le 13 juillet dernier à bord de sa fidèle « Ma Louloutte » pour une nouvelle odyssée, vient à nouveau de prouver qu’il appartient à la race des derniers aventuriers. Pour ce défi givré, il a parcouru 7 500km entre le Pacifique et l’Atlantique, au cœur du cercle polaire arctique, bien au-delà du 70ème parallèle, sur une route océanique inédite. Une voie maritime où jamais un marin ne s’était aventuré en solitaire sur un voilier non habitable et qu’Yvan vient donc d’ouvrir pour la première fois de l’histoire !

    Le détroit de Béring, Barrows, la mer de Beaufort, le golfe d’Amundsen ou encore la baie de Baffin : autant de points de repère légendaires sur un parcours jalonné d’éléments hostiles. La pluie tout d’abord, puis le froid polaire, les blocs de glace et les nombreux cailloux qui jonchèrent sa route mais également la faune, avec une omniprésence des ours polaires de plus en plus agressifs car sous-alimentés.

    Une aventure périlleuse au cours de laquelle Yvan a du naviguer à vue et dormir par tranches de 5 à 10 minutes. Yvan, pourtant aguerri aux épreuves maritimes, le reconnaît : « J’en ai bavé plus que je ne le pensais. Les difficultés se sont accumulées tout au long du parcours. Ce Défi a été à coup sûr le plus difficile de tous ceux que j’ai accompli sur « Ma Louloutte », mon fidèle catamaran de sport. Le plus dur, c’était ce sentiment quasiment permanent de ne pas avoir de marge de sécurité : un démâtage et je n’aurais pas eu le temps de confectionner un gréement de fortune avant d’aller me crasher sur une falaise, un dessalage et je n’aurais pas eu assez de sensibilité aux doigts pour redresser mon catamaran, une ancre qui dérape au mouillage et c’était également le drame assuré, sans moteur. J’ai été aujourd’hui aux limites de ce que l’on peut réaliser avec ce genre d’engin en solitaire.  J’ai aussi dépassé mes propres limites, et découvert la peur en mer. A cause des glaces, des tempêtes, des températures et des roches non cartographiées j’ai pensé des dizaines de fois que je ne m’en sortirais pas J’étais constamment dans cette pression de n’avoir aucun droit à l’erreur »

    Yvan est allé au bout de ce qu’un homme peut endurer, et son soulagement est immense de retrouver les siens, Géraldine et Tao, après 72 jours d’une rare intensité.

     

  • 21/09 18:00 Encore dans sa bulle du Défi Bimedia

    En vue du Groenland

    Yvan et « Ma Louloutte » naviguent enfin sous les côtes groenlandaises, après une traversée depuis l’ile de Baffin qui aura réservé des conditions clémentes, ensoleillées le jour et étoilées la nuit. Même la température semble douce au marin avec 6°… Et il savoure le fait rare, de pouvoir enlever des couches de vêtements et de pouvoir faire respirer sa peau.

    Il était scotché hier après midi sur une mer d’huile et commençait à prendre le temps de se remémorer certains temps forts de son incroyable exploit, en attendant le vent qui doit rentrer de nord aujourd’hui, pour le porter jusqu’à Nuuk.

    Magistral

    Yvan répétait avant le départ qu’il aimait ne pas tout savoir sur ce qui l’attendait, son plaisir d’aventurier étant en grande partie causé par la découverte et la surprise.

    Avec le recul, on peut se demander s’il aurait signé en sachant ce qu’il allait subir, et combien de temps il le subirait ! 71 jours c’est presque la durée d’un Vendée Globe, le tout sans abri, sur son minuscule catamaran !

    La ténacité d’Yvan est tout simplement extraordinaire et il fait honneur à l’illustre découvreur de cette voie qu’est le Passage du Nord Ouest, le Norvégien Amundsen en 1906.

    Retour à la civilisation

    S’il revient sur son passé proche depuis Nome, Yvan se projette aussi dans les prochains jours, après l’arrivée : « C’est sûr que j’ai hâte de retrouver ma petite famille, Géraldine et Tao qui a grandi sans moi depuis 3 mois. Mais j’ai aussi un peu d’appréhension après cet isolement de reprendre contact avec la civilisation. Je suis dans ma bulle pour encore une journée, un peu comme dans un sas de décompression. »

    Sans coup du sort, Yvan sera dans la nuit de jeudi à vendredi, le premier marin à franchir à la voile le Passage du Nord-ouest en solitaire, sur un catamaran de sport non habitable…

     

     

     

  • 20/09 16:30 Soleil et aurore boréale : Au 69ème jour, la lumière fut …

    Les aventuriers sont des gens à part :

    Hier alors qu’il était encalminé sur une mer d’huile, Yvan a annoncé la bonne nouvelle du jour. Etait-ce une pêche fructueuse ? Un spectacle unique comme une aurore boréale ? Une amélioration au niveau des crevasses de ses mains ? Du plaisir pris à la barre ?

    Non vous n’y êtes pas du tout : « Aujourd’hui, c’est dingue mais j’ai pu enlever mon bonnet, je crois que c’est la première fois depuis le départ ! C’est fou ce que ça fait du bien de sentir le soleil me chauffer le crâne ! »

    Il est vrai que la température qui a frôlé les 10 degrés, sous un soleil éclatant, arrivait à point pour réconforter le marin qui souffre énormément du froid la nuit, depuis qu’il a perdu son duvet. Bien sûr le spectacle des aurores boréales le réjouit, mais la sensation offerte par la caresse des rayons du soleil surpasse tout quand on sort d’une telle privation !

    Yvan a tellement attendu à diverses reprises, soit que la glace le laisse passer, soit qu’une tempête se calme, que la pétole qui s’installe et devrait durer toute la journée de mercredi, ne l’impatiente même pas : « J’arriverai quand j’arriverai, c’est dommage que je n’ai pas embarqué plus de livres, c’est un moment idéal pour la lecture. J’ai vu des globicéphales dans l’après midi et parlé à la vhf avec un voilier qui faisait route au moteur. Bon sang, si on m’avait dit avant de partir que je passerais plus de 70 jours en mer ! »

    Yvan profite de ce calme pour soigner son alimentation, les conditions extrêmes lui ayant souvent fait négliger ses repas. En surpoids d’une dizaine de kilos au moment de partir, Yvan les a perdus et le froid lui est plus difficilement supportable à cause de cela.

    Progressant hier à 1,5 nœud, Yvan croit toujours en la possibilité d’arriver vendredi à Nuuk, avec le retour du vent.

     

  • 19/09 14:40 Y’a d’la joie sur le Défi Bimedia

    Soleil

    Depuis hier le soleil est resplendissant et le moral est aussi au beau fixe. Le vent est faible mais aux allures de près, « Ma Louloutte » est plutôt bien lotie pour s’en tirer avec les honneurs. Les 12 mètres de mât qui offrent un fardage énorme quand Yvan doit fuir sous 60 nœuds à sec de toile, permettent une surface de voile conséquente dans les petits airs.

    Etoiles et aurore boréale

    La nuit, pas de nuages, pour la première fois du défi ou presque. Les étoiles se dévoilent enfin et pour achever le tableau, une aurore boréale s’est déployée devant les yeux écarquillés d’Yvan ! C’est la première fois qu’il assistait à ce féerique spectacle !

    Même s’il est frigorifié, Yvan sait apprécier cette nature qui le nargue, comme pour lui dire : « Tu vois, ça aurait pu être comme ça tout le temps, si j’avais voulu. Mais ce Passage du Nord-Ouest doit se mériter et je t’en ai fais baver ! »

    Bien sûr l’absence de nuages a pour effet de refroidir un peu plus les nuits, et Yvan dort le jour ; la nuit malgré de nombreuses couches de vêtements il ne peut trouver le sommeil, depuis que son duvet est passé par dessus bord, tant il est saisi par les températures négatives.

    Ice free

    Son avancée est sereine, les icebergs ne semblent pas présents au large dans ce détroit de Davis ni les growlers. Un souci en moins, après les immeubles de glace qui ont marqué le premier jour de sa traversée vers Nuuk. : « Franchement c’est génial de voir un franc soleil, d’admirer les étoiles et cette aurore boréale ! En plus j’ai de la visibilité la nuit et pas de glace en vue donc franchement, je vis une des premières journées plaisantes depuis le départ du défi. Il était temps ! »

    Une zone de molle risque de piéger « Ma Louloutte » dans quelques heures, mais rien qui puisse altérer l’optimisme de notre marin aventurier.

    68 jours après le départ de Nome, Nuuk n’est plus qu’à 2 ou 3 jours des étraves…

     

  • 18/09 17:00 La dernière traversée du Défi Bimedia

    Hier à 11 heures françaises Yvan a relevé l’ancre, malgré les douleurs provoquées par ses mains crevassées qui le font souffrir depuis plusieurs semaines. C’est avec soulagement qu’il laisse derrière lui Qikiqtarjuaq, l’endroit de l’île de Baffin le plus peuplé d’ours polaires. La nuit qui a suivi la visite du géant blanc d’hier a été stressante, et c’est avec plaisir qu’Yvan retrouve le large. Cap sur le Groenland, enfin !

    Sous spi avec 10 nœuds de vent, mais chahuté par la mer résultant de la dernière tempête, les conditions ne sont pas idéales pour « Ma Louloutte ». Parfois, bien que vent arrière, les trains de vagues arrivent de face !

    Pourtant le moral est bon et même au top, pour une raison simple : Le soleil est de retour ! Yvan a déjà donné en matière de coups de vent et tempêtes ces derniers jours, et ne se formalise pas d’une relative mollesse du vent ! :

    «C’est sûr que je préférerais avoir 15 nœuds que 10 mais, en tous cas je préfère ça à la baston entre 40 et 50 ! Là je marche entre 5 et 6 nœuds cap à l’est pour l’instant, et même si l’air est entre moins 1° la nuit et plus 2° le jour, le soleil fait passer tout ça plus facilement ! » 

    Champs d’icebergs

    En ce moment je croise des icebergs, environ 20 depuis mon départ du mouillage. Ce sont de vrais immeubles de glace d’environ 500 m de long et près de 100 mètres de hauteur pour les plus grands ! Le souci c’est que présence d’icebergs va souvent avec présence de growlers et c’est plus risqué, j’en sais quelque chose, car ils sont presque indétectables… La nuit, si je suis dans des zones douteuses, je n’hésiterais pas à me mettre à la cape pour éviter toute collision à vitesse élevée. »

    En fonction des nuits, avec ou sans visibilité selon la couverture nuageuse, Yvan se voit arriver entre le 20 et le 21 à Nuuk. Mais gardons nous de vendre la peau de l’ours !

     

  • 17/09 10:00 Entre grande ourse et grand ours

    « Ma Louloutte » est en stand by dans l’anse de Qikiqtarjuaq, à la fois pour dormir, si possible, et attendre un créneau favorable à la dernière traversée vers Nuuk.

    Dans la nuit de vendredi à samedi, au mouillage, Yvan s’est allongé sur son banc couchette, essayant de s’endormir malgré le froid plus rude, maintenant qu’il est privé de son duvet. L’endroit est sécurisant, les fonds de bonne tenue pour son ancre et le sommeil a fini par l’emporter.

    Soudain, alerté par une position inhabituelle du bateau, dont les étraves plongeaient sous la surface et le tableaux arrières s’élevaient 1 mètre au dessus de l’eau, Yvan a bondi hors de son abri de toile. Dès que ses yeux se sont habitués à l’obscurité, ses craintes se sont avérées fondées : « Devant moi au niveau des étraves, un ours polaire avait les deux pattes posées sur le pont de la coque bâbord qui s’enfonçait sous l’eau. J’ai immédiatement pris mon pistolet qui reste toujours à mes côtés quand je dors, et tiré un pétard au dessus de sa tête, comme prévu dans la procédure, pensant l’effrayer par le bruit.

    Il n’a pas bougé, totalement impassible, alors que mes oreilles sifflaient tant le bruit était assourdissant. Dans le même temps je n’ai pas cessé de hurler vers lui, comme on me l’avait conseillé. J’ai retiré sans plus de succès…Là j’étais tétanisé par la peur de voir le moindre signe de déplacement de l’animal, et pendant une ou deux minutes qui m’ont semblé une éternité, nos regards se sont croisés et la mort dans l’âme j’ai envisagé de m’emparer de mon fusil, sentant ma vie en danger.

    C’est alors que très calmement sans aucun signe de crainte, l’ours a relâché la coque de  « Ma Louloutte »qui a retrouvé son assiette normale ; Il à tranquillement glissé dans l’eau et je l’ai suivi des yeux tant que j’ai pu malgré l’obscurité.

    Je suis resté à genoux sur mon banc pendant de longues minutes, tremblant comme une feuille, conscient d’être passé près de la catastrophe. J’ai attendu l’aube, sursautant au moindre bruit, et fouillant les profondeurs de la nuit sans lune à 360 ° . Là je me suis endormi malgré mes craintes. Plus jamais je ne me sentirai en sécurité au mouillage. »

    Encore une fois Yvan peut s’estimer heureux de l’issue d’une mésaventure ou il à frôlé le pire. Ce midi heure française, il devait quitter ce mouillage, pour entamer la traversée vers Nuuk point final du défi Bimédia au Groënland. Son déficit de sommeil est toujours présent, et ses mains crevassées le font souffrir et le handicapent quant il s’agit de manipuler le moindre objet : « J’ai tellement de mal à serrer quelque chose avec les doigts que j’ai laissé tomber à l’eau un de mes Ipads qui me servait à visionner les cartes. Et je redoute le moment de remonter la chaîne de l’ancre, je sais que ce sera une souffrance. »

  • « Jeux » de hasard nuageux sur le Défi Bimedia

    C’est devenu une rengaine habituelle sur le défi Bimedia. Au moment de franchir un point clé, les éléments se liguent pour retarder la progression de « Ma Louloutte ». Cette constatation s’est vérifiée une fois de plus hier. Alors qu’Yvan pensait avoir un créneau favorable pour gagner dans l’est vers les côtes Groenlandaises, le vent plus soutenu que prévu, la mer très formée avec plus de 3 mètres de creux déferlants, la nuit d’encre et la présence de champs de growlers ont eu raison de l’impatience de l’aventurier.

    Roulette russe

    Plusieurs plaques de glace de 50 mètres de long et à peine 1 mètre de haut ont étés frôlés dans des surfs, car aperçues au dernier moment. La surveillance permanente impose à Yvan de découper son sommeil en petite tranches et l’usure s’installe, le réveil n’est parfois pas suffisant pour le faire émerger. Dans la nuit noire, il serait suicidaire de naviguer dans de tels champs de mines ! C’est ce qui a guidé la décision d’Yvan de rallier un nouveau mouillage dans le sud de l’ile de Baffin :

    « C’est épuisant de naviguer sous une telle pression, une part de hasard tellement importante ! En plus de ça, c’est constamment nuageux et les nuits sont noires, je vois à peine les étraves. Je me suis mis à la cape avant d’entrer dans le mouillage à l’aube. Mais même à la cape je dérive à 2 nœuds et si je touche un growler sous un mauvais angle je risque d’éventrer les coques ! Là je suis dans un endroit sûr ou je vais pouvoir récupérer. Le problème, mais je ferai avec, c’est que mon duvet s’est envolé et je n’en avais qu’un. Et les températures sont encore négatives malgré la descente au sud donc je gèle. »

    L’anse de Qikiqtarjuaq dans laquelle se trouve Yvan a abrité le voilier polaire « Vagabond » pendant ses 4 hivernages successifs. Les filles du bord allaient chaque matin à l’école, en traîneau tiré par des chiens ou en scooter des neiges, au village le plus proche.

    Le prochain créneau favorable à une traversée semble être dimanche matin, sous réserve des habituelles surprises concoctées par cette contrée réticente à se laisser dompter. Resterait alors environ 300 miles à parcourir, avec les icebergs, les coups de vents et les nuits de 10 heures pour compagnons, pour enfin rallier Nuuk, capitale du Groenland et ville d’arrivée du Défi Bimedia.