admin8225

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  • 22/08 16:10 En cas de danger, briser la glace sur le Défi Bimedia

    Se plier au rythme de la nuit

    De 4 heures du matin à 22 heures, le jour est présent et les nombreux growlers dérivant sur la trajectoire de « Ma Louloutte » sont surveillés à la jumelle par Yvan qui, debout sur ses bancs surélevés a une vision panoramique du plan d’eau. Avec la télécommande du pilote en main, il slalome entre les masses de glace et descend fréquemment sur le trampoline pour virer de bord. Il est au près, le vent est faible, mais un choc sous un mauvais angle avec un glaçon, pourrait éventrer les coques…

    C’est pourquoi la nuit, Yvan doit impérativement trouver un mouillage. Hier à Paysley Bay, son réveil fut stressant : « Quand le jour s’est levé, j’ai vu que la baie était entièrement blanche. Une fine couche de glace la recouvrait. Le pont du bateau était verglacé lui aussi. Je suis parti immédiatement de crainte que le bateau ne soit immobilisé. Le vent était faible et j’ai pensé un moment qu’il n’arriverait pas à briser cette couche de glace ! En fait, elle était fine et j’ai réussi à sortir de la baie en cassant cette surface blanche avec les étraves. »

    36 miles de slalom

    Une fois la baie quittée, Yvan se retrouve en compagnie de centaines de growlers, de tous côtés et sa progression est forcément lente, et sous tension. La prochaine baie adaptée au mouillage, se trouve à 36 miles de son point de départ du jour, et son programme est d’y arriver avant la nuit !

    L’équation est simple, 18 heures pour parcourir 36 miles à 2 nœuds. Avec les vents faibles et de face qui rallongent la route et les détours incessants pour contourner des growlers, cette moyenne n’est pourtant pas facile à tenir !

    Les Iles Tasmania, un passage clé

    Yvan est maintenant tout près d’entrer dans cet archipel, si un couloir libre de glace lui en laisse la possibilité. Peut-être qu’entre les deux îles centrales un couloir lui laissera une petite marge de manœuvre. Plus au nord, la banquise est encore compacte. Un voilier Autrichien en acier qui au moteur a du « jouer » au flipper avec sa coque pour se frayer une route, lui a fait comprendre que pour « Ma Louloutte » la porte n’est pour le moment pas ouverte.

    Les prochains jours seront décisifs pour l’issue du Défi ! En attendant, Yvan est toujours aussi émerveillé du spectacle offert par les lumières rasantes irréelles de ces latitudes …

  • 21/08 15:19 Nuit et glaces, un cocktail détonnant sur le Défi Bimedia

    Les jours sans fin ne sont plus qu’un souvenir, les nuits obscures, sans être totalement noires, durent déjà 6 heures : « Au plus sombre des nuits je peux apercevoir un growler à moins de 200 mètres avant d’être dessus ! Autant dire que ce serait trop tard pour manœuvrer. Je dois donc trouver un coin abrité chaque soir pour mouiller, ça rallonge la route en plus, d’aller au fond des baies pour trouver l’endroit adapté.»

    En effet, Yvan ne peut pas mouiller ailleurs qu’en eau peu profonde de 2 à 3 mètres, la longueur de chaîne embarquée est prévue pour ce type de profondeur. Or sur sa route, les fonds sont importants même près des côtes, et l’obligent à s’enfoncer loin à l’intérieur des reliefs.

    Hier, il restait à Yvan 36 miles à parcourir avant la prochaine baie avec des vents de face. La certitude de ne pas y arriver avant la nuit et la présence de growlers dérivant sur sa route, l’ont conduit à se rabattre sur Paysley Bay. Là, par vent très faible et par 2 mètres de fond, Yvan se pensait tranquille. Il a commencé à dormir, mais bientôt « Ma Louloutte », tout doucement s’est rapprochée d’un banc de sable, jusqu’à s’échouer mollement par l’arrière : « Encore une fois j’ai du me mettre à l’eau, pour repousser les coques et réussir à repartir. Une galère ! il m’a fallu 2 tentatives pour flotter à nouveau. C’est sans doute ma longueur de chaîne insuffisante qui fait décrocher l’ancre aussi facilement. L’ancre, elle, n’est pas en cause. Si c’était à refaire j’emmènerais plus de chaîne quitte à alourdir encore plus le bateau. Si je m’échoue à marée haute, je pourrais bien être définitivement bloqué, ce serait trop bête d’abandonner à cause d’un banc de sable»

    Après cette épreuve, Yvan s’est endormi, quand des détonations puissantes l’ont fait sursauter : « On aurait dit des explosions à la dynamite comme pour déclencher les avalanches en montagne. J’ai fait le tour du bateau et constaté que j’étais entouré d’une centaine de growlers qui en éclatant à cause des différences de température, provoquaient ces véritables détonations ! »

    Pas d’inquiétude pour autant car les glaçons dérivaient lentement et ne risquaient pas de boucher l’entrée de sa baie. Malgré tout il faut surveiller le mouillage, la partie cordage pouvant être tranchée par les bords acérés de ces masses de glaces.

    Ce matin Yvan devait quitter son mouillage, si toutefois les vents très faibles le permettaient.

  • 19/08 Roulette russe pour Yvan Bourgnon sur le Défi Bimedia

    « J’avance à 4 nœuds en tirant des bords de largue et je traverse beaucoup de zones de glaçons. Le problème c’est qu’à cause de la grosse semaine d’arrêt à Taloyoak, les nuits se sont bien installées. J’ai 6 heures d’obscurité maintenant et il m’est impossible d’avancer dans ces champs de glace sans visibilité ; ce serait comme de rouler sans les phares par nuit noire en rase campagne. »  

    La seule solution pour Yvan est de mouiller pour la nuit, mais les fonds sont le plus souvent rocheux et compliquent fortement cette option. Malgré tout, la nuit dernière il avait trouvé une portion sablonneuse ou l’ancre a pu crocher : « Mon mouillage comporte une bonne partie de cordage en plus de la chaîne, pour des raisons de poids. Cette nuit, j’ai entendu des bruits suspects dans mon demi-sommeil… J’ai d’abord pensé à des ours, et finalement j’ai vu des growlers qui frottaient contre le bout du mouillage. C’est dire que je devrai être vigilant même à l’arrêt, car la glace pourrait trancher la partie textile du mouillage ! »

    L’enfer au mouillage

    En effet les vents d’Est à Sud Est décollent de la côte des morceaux de banquise qui dérivent vers le large et peuvent heurter « Ma Louloutte » qui progresse ou mouille dans une très étroite bande côtière qui se libère la première de l’emprise de la banquise en raison de la température plus élevée de l’eau le long du rivage. C’est ainsi que des blocs de glace de plusieurs tonnes ont emporté « Ma Louloutte » pendant ce dernier mouillage ! : « C’était l’enfer, les growlers entraînaient le bateau et commençaient à se refermer derrière moi. Je me suis mis à l’eau pour dégager les blocs qui me piégeaient, tellement dans l’urgence que je n’ai pas enfiler ma combinaison sèche ! L’adrénaline et l’énergie du désespoir ont fait que sur le coup je n’ai pas senti le froid ! J’ai réussi après des efforts impensables à ressortir de ce dédale chaotique de glaçons !! »

    Dans un entonnoir

    Face à lui, à quelques miles Yvan voit la banquise quasiment toucher la côte et fermer le passage. Il peut soit tenter de contourner par l’Ouest ce premier bouchon, en n’allant pas plus loin que 3 à 4 miles pour chercher l’ouverture si elle existe : « Si je m’engage dans une brèche à l’Ouest, les vents peuvent faire dériver la glace derrière moi et je me retrouverais alors bloqué et entouré de glaces. C’est un risque que je ne dois pas prendre. Sans moteur et avec le vent assez fort d’aujourd’hui il m’est impossible de doser ma vitesse et le risque de me crasher sur la glace est trop grand.»

    Non seulement les chocs avec les growlers pourraient faire des dégâts sérieux voire irréversibles sur les coques en carbone de « Ma Louloutte », mais surtout Yvan deviendrait une cible facile pour les ours polaires. Un Voilier en alu allemand croisé hier en a vu jusqu’à une dizaine un peu plus au Nord, ce que lui ont confirmé des pêcheurs un peu plus tard.

    Trouver un passage dans cette masse mouvante de glace dont la géographie se modifie constamment, ou opter pour la sécurité et attendre sur ancre, que le passage s’élargisse un peu en bord de côte. Plus au Nord près des Iles Tasmania, un autre bouchon de glace se profile sur sa route.